+224 625 130 505 info@guineesignal.com

À Saint-Herblain, en banlieue de Nantes, des centaines de migrants squattent un gymnase laissé à l’abandon. À l’intérieur, les conditions de vie sont déplorables et les migrants disent être livrés à eux-mêmes. « Où est l’État ? », se demande un Guinéen de 27 ans.

Il est 11h ce mardi matin quand les occupants du gymnase de Saint-Herblain, en banlieue nantaise, se réveillent petit à petit. L’ambiance est calme : certains se lavent les dents, d’autres prennent leur petit-déjeuner, d’autres encore sont restés sous leur tente. À l’extérieur, une dizaine de migrants discutent sous le soleil.

Mamadou, serviette de toilette autour du cou, boit son café accompagné d’un morceau de pain. « Encore des journalistes ? Les journalistes viennent souvent pour raconter notre situation mais où est l’État ? Personne ne fait rien pour nous ! », déplore le Guinéen de 27 ans, qui attend son recours à la CNDA. « Je suis ici depuis le 11 novembre et rien n’a changé, c’est même pire ! ».

« Encore deux mois dans ces conditions ! »

Après l’évacuation du square Vertais, sur l’île de Nantes, le 26 octobre, une soixantaine de migrants, aidés de collectifs, avaient trouvé refuge dans le gymnase Jeanne Bernard de Saint-Herblain, à quelques kilomètres du centre-ville. Le lieu, propriété du diocèse de Nantes, était laissé à l’abandon. « Au départ, ils étaient environ 60, mais aucune solution d’hébergement n’est proposée, donc au fur et à mesure d’autres migrants à la rue ont rejoint le squat », raconte Juna, de l’association L’autre cantine, qui distribue chaque soir 250 repas aux migrants du gymnase.

Aujourd’hui, le lieu abrite entre 250 et 300 personnes – dont des femmes seules – principalement originaires de Guinée, du Soudan et d’Érythrée. Au gré des rumeurs d’expulsion, le chiffre gonfle avec l’arrivée de nouveaux migrants venus des camps de Paris ou Calais, en quête d’une mise à l’abri – procédure qui suit généralement les évacuations.

Fin mars, la justice a ordonné l’expulsion du gymnase dans un délai de deux mois, afin de laisser le temps aux différents acteurs de trouver des solutions d’hébergement.

À côté de Mamadou, Manman brandit un document officiel. « L’expulsion du gymnase aura lieu le 9 juin, dans deux mois jour pour jour », explique le Nigérien à ses compagnons d’infortune. « Encore deux mois dans ces conditions ! », souffle Mamadou qui espère, comme ses colocataires, être pris en charge par l’État ou par la ville.

À l’image de Mamadou, nombre d’occupants du gymnase sont en attente de régularisation : rendez-vous en préfecture, entretien à l’OFPRA, recours à la CNDA ; et beaucoup sont des dublinés. Tous disent ne s’être vus proposer aucun logement en attendant l’examen de leur situation. Tous disent se sentir abandonnés, livrés à eux-mêmes.

Absence d’aide administrative

Au fond du gymnase, à côté de sa tente, Ahmed cherche à comprendre les documents officiels qu’il tient entre ses mains. Le jeune tchadien interpelle une militante présente ce jour-là. « J’ai besoin de votre aide, je dois renvoyer la demande de réexamen de ma demande d’asile avant cinq jours mais je ne parle pas bien français », explique le jeune homme en arabe. « Je dois remplir tout ce dossier », dit-il en montrant les feuilles tamponnées de l’OFPRA. Ces voisins de tente essayent, tant bien que mal, de l’aider.

Plus loin, un groupe d’Érythréens est aussi en difficulté avec des documents administratifs. « On essaye d’aider Negeset [une jeune femme de 32 ans qui est venue seule à Nantes, ndlr] à comprendre ce qu’il est écrit », explique Asmerom dans un français hésitant. « Je suis le seul d’entre nous à me débrouiller en français », dit le jeune homme qui attend son rendez-vous en préfecture prévu pour septembre prochain. « Je fais quoi en attendant ? », s’interroge-t-il devant la longueur du délai.

Pour pallier l’absence de représentants officiels, c’est le système D qui prédomine.

Pour faire leur toilette, les migrants utilisent les quelques douches disponibles dans le gymnase, « mais l’eau est glacée », signale Mamadou qui sort tout juste de sa douche et part s’habiller dans sa tente. Sans compter l’état de saleté dans lequel sont les douches. La mairie a installé trois toilettes de chantier dans la cour, « trop peu au vu du nombre de personnes à l’intérieur », estime Juna de L’autre cantine.

« La nuit, tu peux te prendre un coup de couteau »

La journée, les migrants s’occupent comme ils peuvent. « Les Érythréens et Soudanais sont très assidus aux cours de français », dispensés par une association, explique Juna. Les autres regardent des vidéos sur leur téléphone, discutent entre eux, écoutent de la musique ou jouent au foot.

Aboubacar, lui, prend soin des autres. Cet après-midi, le Guinéen de 29 ans a installé un salon de coiffure de fortune. « J’étais coiffeur en Guinéen, donc je coiffe ceux qui en ont besoin », dit-il en en mettant des coups de ciseaux dans les cheveux d’Ahmed.

Mamadou, assis sur la chaise d’à côté, mange des chips en regardant ses camarades se faire coiffer. « Le midi, on se débrouille pour se faire à manger, explique-t-il. Les distributions de nourriture de L’autre cantine n’ont lieu que le soir alors on fait avec ce qu’on a ».

Tous se plaignent des conditions de vie dans le squat, surtout une fois la nuit tombée. Le soir, des bagarres éclatent régulièrement et les affrontements dégénèrent rapidement. « Si tu t’approches trop, tu peux te prendre un coup de couteau », raconte Alpha, un autre Guinéen. « Ça part trop vite, notamment à cause des personnes alcoolisées », renchérit Mamadou.

« Moi, quand ça commence à chauffer, je reste dans ma tente et je ne bouge pas », dit Alpha. « J’attends que ça passe, j’ai trop peur ».

La situation est telle que certains ont installé leurs tentes dehors, devant le gymnase. « C’est trop dangereux à l’intérieur », estime Yonas, un Érythréen d’une cinquantaine d’années. « On a préféré s’installer ici. La vie est difficile mais au moins on dort ».

Avec infomigrants.net