Accueil ACTU INTERNATIONALE “À Tanger, c’est invivable pour les migrants : on a peur, on ne sort plus de chez nous”
“À Tanger, c’est invivable pour les migrants : on a peur, on ne sort plus de chez nous”

“À Tanger, c’est invivable pour les migrants : on a peur, on ne sort plus de chez nous”

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Adama, un Ivoirien de 22 ans, vivait depuis quatre ans à Tanger jusqu’à ce lundi 20 août où son quotidien a basculé. Refoulé brutalement par les autorités dans le sud du Maroc, il a décidé de prendre contact avec la rédaction d’InfoMigrants pour alerter sur la situation des migrants dans le pays. Il vit, pour le moment, caché chez un ami.

À Tanger, au Maroc, un nombre croissant de migrants subsahariens vit caché et dans la peur depuis que les autorités marocaines ont annoncé la semaine dernière une vaste opération de déplacement de migrants vers le sud du pays pour « lutter contre les réseaux mafieux ». Si cette pratique est régulièrement dénoncée au Maroc, elle est cette fois-ci particulièrement teintée de violence. Deux Maliens, dont un adolescent de 16 ans, ont ainsi trouvé la mort début août lors de l’un de ces transferts de migrants.

“C’est le racisme total envers les personnes qui ont la peau noire, même s’ils ont des papiers en règle ou s’ils sont étudiants”, raconte à InfoMigrants Adama*, un Ivoirien de 22 ans qui a lui-même été refoulé par les autorités le 20 août dernier. “Nous sommes délogés des appartements que l’on loue avec un vrai bail, on nous fait sortir de force, il y a beaucoup de violence. J’ai été placé dans un bus de 70 places. Il y en avait 10 autres stationnés. Je me suis retrouvé à Safi [dans le sud du Maroc] sans rien à manger ni à boire”.

>> À relire sur InfoMigrants :  Maroc : plus de 100 migrants pénètrent de force dans l’enclave de Ceuta

Depuis quatre ans, Adama avait pourtant construit sa vie à Tanger. Plongeur en contrat dans un café, il vivait en colocation avec plusieurs personnes et n’avait aucun désir d’Europe. Son appartement a, dit-il, été saccagé par les autorités, clichés envoyés par ses colocataires à l’appui de ses dires.

Cachés dans la forêt

Après un court passage par Rabat, Adama est parvenu à remonter à Tanger par ses propres moyens. Il vit en ce moment reclus chez un ami. Mais la majorité des migrants n’ont pas la chance d’être soutenus de la sorte : “Ils vivent dans les forêts aux alentours. Et même là-bas, la police vient pour brûler les affaires des migrants”, affirme le jeune homme. Et de confier : “On se sent comme des criminels, c’est invivable. Les gens ne peuvent même plus aller au travail, ils ont trop peur de sortir”.

Lui aussi reconnaît qu’il ne se sent pas en sécurité. “J’ai peur car je suis en train de vous donner des informations sur le Maroc. Mais il faut faire quelque chose pour que ça s’arrête.” Il compte rester encore quelque temps caché à Tanger en espérant que la situation se tasse, mais envisage de déménager à Casablanca s’il ne constate pas d’amélioration.

Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) assure que les opérations de déplacements sont menées « dans un cadre légal », comme l’a dit à l’AFP son président Driss El Yazami, ajoutant que le CNDH veillait à la protection des personnes vulnérables.

Cependant, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) a publié mi-août une lettre ouverte pour alerter sur « l’usage excessif de la force et de la violence » lors des « campagnes systématiques » menées « en totale contradiction avec les obligations internationales du Maroc ».

*prénom modifié par souci d’anonymat à la demande du témoin.

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