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Administration guinéenne et investissement étranger : les Chinois en terre hostile ?

Administration guinéenne et investissement étranger : les Chinois en terre hostile ?

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Le Chinois Liu Xiandong et d’autres compatriotes actionnaires dans le Grand hôtel de Conakry, rançonnés sans cesse par l’ogre ‘’parigot’’ Elhadj Lansana Chérif Haïdara, n’en pouvaient plus. Finalement, ils ont préféré quitté la Guinée, il y a deux ans, pour échapper à la voracité de leur chef de tutelle. Haïdara étouffe alors de rage et se braque contre le Guinéen Kaba Keïta laissé comme rempart par les Chinois avec un sous-fifre qui est leur congénère. Ils se sont échappés du guêpier administratif guinéen, comme Ulysse de l’antre du monstrueux cyclope Polyphème après lui en avoir crevé l’unique œil.

L’atrabilaire Chérif Haïdara s’est alors juré de faire péricliter les affaires du Grand hôtel de Conakry en fermant son casino, la principale source de revenus de l’établissement. Il veut ainsi saboter l’investissement des Chinois, les priver de ses bénéfices et, en même temps, mettre sur la paille Kaba Keïta, amené de Paris par les Chinois pour gérer leurs affaires en Guinée. Haïdara s’entête dans son entreprise et y met une rage spectaculaire. Il est décidé à abattre ses cibles, dussent l’État, qui perçoit les redevances, et le président Alpha Condé, son bienfaiteur, y perdre.

Le jeune Kaba Keïta, un  mathématicien pacifique, fait face pour la première fois de sa vie à une telle animosité  gratuite. Il est très éprouvé, mais il a un bon avocat, maître Lamine Sidimé, même si le directeur de la Lonagui maîtrise apparemment la mécanique judiciaire au tribunal de première instance de Kaloum.

La bataille s’annonce rude. Haïdara ferme le casino en avril 2017 alors qu’il n’en est pas le bailleur. La direction générale du Patrimoine bâti public, seule bailleresse, lui ordonne de rouvrir le casino et de lui délivrer le permis technique d’exploitation. Il obtempère à son corps défendant. Puis il revient à la charge en refusant de renouveler le permis trimestriel nécessaire au Grand hôtel pour continuer à exploiter le casino. Et ensuite, en août 2017, il adresse une requête au tribunal de première instance de Kaloum et en obtient deux ordonnances, l’une pour fermer le casino qu’il a illégalement privé de permis pendant deux mois (juin et juillet), l’autre pour en saisir les équipements. Les ordonnances sont exécutées, le casino fermé.

Le Grand hôtel fait appel du jugement et gagne devant la cour d’appel de Conakry. La Lonagui, c’est-à-dire Haïdara, n’est pas d’accord. Elle se pourvoit en cassation mais est débouté par la cour suprême qui vide l’affaire sur le siège, tant la fermeture du casino lui est apparue injuste et arbitraire au regard de la loi.

Haïdara a donc été désavoué deux fois par les hautes juridictions du pays. Et pourtant c’est lui qui avait engagé la bataille judiciaire au tribunal de Kaloum, où il a gagné grâce à sa puissance dans le pays sur plusieurs plans. Malgré son échec à abattre le Grand hôtel de Conakry en le privant de sa principale source de recettes, le casino, il a quand-même empêché son exploitation pendant cinq mois et mis au chômage des dizaines de travailleurs nationaux, tous jeunes ou femmes. Ceux-ci ont même manifesté contre lui avec des banderoles et des slogans.

Nos amis les Chinois

Les Chinois sont nos amis de longue date. Après le 2 octobre 1958, la Chine a été le deuxième État à reconnaître la courageuse indépendance de la Guinée, juste après le GPRA (le Gouvernement provisoire de la République algérienne) et avant les États-Unis du général Dwight Eisenhower. Et lorsque notre jeune et fière république, pionnière des indépendances africaines, subissait le bannissement de presque tout l’Occident, la Chine était restée aux côtés de la Guinée.

Sous la première République guinéenne, elle a poldérisé le bras de mer de Tombo et construit l’imposant Palais du peuple, sans pareil dans les anciennes colonies africaines. Elle a construit sans contrepartie financière ou économique des barrages et des usines en Guinée, développé l’agriculture, installé des centres de santé à travers le pays, formé chez elle de nombreux ingénieurs, médecins et militaires guinéens en octroyant chaque année des bourses d’études.

Plus tard, après la chute du Mur de Berlin, Den Xiaoping a ouvert la Chine à l’économie de marché. Avec l’avènement du président Alpha Condé, ses investisseurs sont pratiquement les seuls qui osent aventurer de gros capitaux en Guinée, un pays devenu l’épouvantail des investisseurs étrangers malgré les points obtenus dans le Doing Business. Justement parce que les cellules dormantes de  la ‘’xénophagie’’ économique ont la vie dure. Elles n’ont pu être enrayées dans la haute administration et dans la justice, les sphères influentes qui décident de tout en Guinée : du bien et du mal. Elles sont là, omniprésentes, organisées, tentaculaires, prêtes à bondir sur leur proie, à bouffer l’investisseur étranger et à le ruiner. Et quand l’un s’en retourne dans son pays, grugé et ruiné par certains cadres guinéens, il dissuade cent autres d’y venir. Mais on s’en fiche éperdument.

Le virus Ébola n’a pas chassé les entrepreneurs chinois lorsqu’il faisait rage en Guinée. Les autres ont décampé, eux sont restés. Leur résilience naturelle à l’adversité les a maintenus dans le pays. L’épidémie est passée. Aujourd’hui ce sont des loups guinéens aux dents longues et à visage humain qui les font fuir. Il est bien admis que le Chinois n’aime pas avoir des problèmes avec l’autorité, à l’étranger comme chez lui. Son inconscient collectif, sédimenté par les persécutions de la révolution culturelle maoïste, le pousse sans cesse vers la recherche de la quiétude. Haïdara et compagnie ont joué sur ces phobies primaires. Tant pis pour la Guinée !

Assurément, le directeur général de la Lonagui et ses vénérables magistrats n’encouragent pas l’investissement étranger en Guinée. Ligués pour leurs intérêts personnels, ils étouffent le Grand hôtel de Conakry. Partant, ils anéantissent les efforts faits par le président Alpha Condé pour rendre le pays attractif. Il s’est appliqué à assainir le climat des affaires, notamment par la sécurisation de l’investissement, mais c’est peine perdue si les saboteurs sont parmi ses grands commis.

Les déprédateurs de l’économie nationale grouillent dans l’administration et la justice. Ils sont en partie responsables du marasme actuel.

Un ‘’parigot’’ au patriotisme douteux

Elhadj Lansana Chérif Haïdara, un ‘’parigot’’ bombardé à la tête de la société de régulation des jeux en Guinée, un ‘’poste juteux’’ pour tout déprédateur, passe pour un homme avide et irascible. Il rabroue et menace les journalistes qui cherchent à recouper des informations auprès de lui, il exerce sa férule sur ses collaborateurs avec un arbitraire souverain, il soumet certaines entreprises placées sous sa tutelle à des tracasseries de nature à compromettre leur existence même, il en protège d’autres qui se montrent soumises et généreuses. Que les sociétés qu’il cherche à asphyxier fournissent d’importantes recettes budgétaires à l’État guinéen, il n’en a cure. Qu’elles périclitent et disparaissent par sa faute, que l’État soit sevré de leurs concours financiers et que des dizaines de femmes et jeunes travailleurs guinéens se retrouvent au chômage, il s’en soucie comme d’une guigne. Que tout le monde perde s’il ne peut pas gruger son monde, tel semble être sa devise. Se servir de l’État et non le servir. L’autorité de l’État devient une arme pour abattre les sociétés ‘’récalcitrantes’’ placées sous sa tutelle.

Kaba Keïta, lui, est un mathématicien frais émoulu des universités françaises. Il est aux antipodes du ‘’grand commis’’ Haïdara. Tout naturellement, ce jeune guinéen est soucieux de protéger les investisseurs chinois qui l’ont fait venir de Paris pour diriger leur société. Il est aussi soucieux de sécuriser leurs investissements contre les ogres tapis dans l’administration guinéenne comme dans une tanière de fauve. Voilà tout son crime aux yeux du DG de la Lonagui à l’appétit gargantuesque.

Les sociétés de jeux fournissent d’importantes recettes budgétaires à l’État. Elles doivent être certes régulées mais également protégées. Ni complaisance ni abus, c’est la position que doit avoir la Lonagui envers elles.

Se pose ainsi la question du choix de l’homme qu’il faut à la tête de cette entreprise. En tout état de cause, le directeur général actuel n’a pas encore montré ses aptitudes à bien assumer la fonction. Bien au contraire.

El Béchir

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