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Qui aurait pu imaginer que l’expression ivoirienne « on me voit à la radio » serait une réalité ? Les temps ont bien changé. Les technologies aussi. Les habitudes également. Elle est loin l’époque où la radio n’était qu’un canal unilatéral de diffusion d’informations. De l’émetteur vers l’auditeur. Un média 1.0. Que de chemin parcouru aussi bien dans la production, dans la diffusion que dans l’interaction.

Fast prod’ !

Nos aînés s’en souviennent, les Nagra à bande. Tourner… Revenir… Couper… Coller. Produire un reportage radio n’était pas une chose aisée. Et puis est arrivé l’ordinateur. « L’évolution ! », jubilait-on à cette époque. C’était agréable, ces logiciels de montage de son. La production allait plus vite. Du terrain (avec les magnétophones à bande puis à cassette ou à CD) à l’antenne, il n’y avait que le temps du trajet. On avait gagné un temps fou.

Une fois à la rédaction, casque sur les oreilles, on déversait les fichiers sur le « PC » puis pouvait commencer le montage. Ecouter, couper, coller, enregistrer.

Les choses sont allées beaucoup plus vite lorsque les ordinateurs portables ont fait leur apparition. Puis Internet et encore plus vite avec les smartphones et les tablettes. Le journaliste sur le terrain, avec un seul terminal, tourne, monte et envoie sa production dans le même temps à sa rédaction. Finie, bien finie l’époque du couple « dictaphone-ordinateur » pour monter et envoyer. Le smartphone est devenu un puissant instrument de production. La Ré-vo-lu-tion !

La radio mise à nu !

L’un des envers de l’évolution de la radio ou du moins de l’impact du digital sur ce média, c’est la disparition du côté mythique et mystérieux. La radio, ce n’était que la voix. On ne connaissait et reconnaissait les animateurs qu’à travers leurs timbres. Doux, rugueux, chaleureux, criard, nasillant, enrobé, fluet, apaisant, sévère, amusant, sérieux… Il y avait de tout. Un journaliste radio ne se voyait (presque) jamais. Il s’entendait, s’écoutait. On n’aimait pas celui qui parlait, on était amoureux de sa voix ou on la détestait.

Avec l’avancée technologique, un “souci de transparence” est né. Il a levé les verrous. « On se voit à la radio ». Les auditeurs sont de moins en moins friands de postes récepteurs avec le gros bouton qui, en tournant, sert à capter la fréquence en FM.

Les auditeurs sont presque tous sur internet. Et c’est la guerre ! Chaque radio est devenue « radio en ligne » puis « Web radio ».

[La différence ? Une radio en ligne est une radio qui émet sur internet en continu. La web radio peut aussi émettre en continu ou en replay. D’ailleurs ce qui la différencie, c’est la possibilité de réécouter les podcasts et d’y mettre du texte ou des photos. Une radio multimédia].

Parmi les innovations apportées pour attirer de l’audience (on ne parle plus uniquement d’auditeurs), la vidéo s’est invitée. Rien à cacher. Tout est à découvert. De l’animateur débraillé à l’invité qui se cure le nez, les à-côtés de la radio sont à poil : tout se sait. Ecouter la radio n’a jamais été autant visuel et autant mobile.

La radio 2.0

Le téléphone ne suffit plus à donner la parole aux auditeurs et à interagir avec eux. Les réseaux sociaux (et des applications de discussion rapide comme WhatsApp) se sont invités dans l’écosystème. « Bonjour à tous nos auditeurs et à tous ceux qui nous suivent sur Facebook et Twitter », ne manquent pas de dire celles et ceux qui sont à l’antenne. Cet environnement-là est désormais cyclique. Soit à priori ou en direct ou à postériori, les réseaux sociaux sont mis à contribution pour participer aux émissions mais aussi réagir sur les productions. (En plus avec la vidéo, ça marche !).

Ces réseaux sociaux-là, sont aussi un excellent moyen pour mesurer directement l’audience d’une production et son impact. Certaines radios ne vont plus mettre en avant le fait d’être « la plus écoutée » mais d’être « la radio la plus suivie sur les réseaux sociaux ».

L’autre bon côté : la création de nouveaux métiers comme celui de community manager, qui va piloter et gérer les différentes pages du média (en travaillant avec les productions faites par les journalistes, mais aussi en inventant du contenu propre aux réseaux sociaux pour s’attirer plus de monde).

La radio va-t-elle mourir ?

Non, répondons sans sourciller. Surtout pas dans nos sociétés où la tradition orale a encore une éternité devant elle. D’ailleurs, l’un des défis est de continuer à faire vivre la radio dans des zones non encore atteintes par internet et où/ou parfois les populations sont en grande majorité illettrées.

[Je vais nuancer tout de même. Dans de nombreux villages « d’illettrés », les populations ont accès à WhatsApp et l’utilisent très bien. Le langage numérique est universel et transcende même les lettres, furent-elles officielles].

Les radios communautaires ont donc la responsabilité d’assurer la transition technologique auprès de leurs cibles tout en gardant ce qui fait la radio : l’information. Qu’elle soit hyper locale ou nationale.

D’ailleurs, l’un des défis propres à toutes les radios, c’est bien celui de l’éthique et de la déontologie. Le digital (et le web surtout) a favorisé la paresse journalistique avec pour corollaire : le plagiat, le vol de contenus, pour ne citer que ces deux “péchés” les plus répandus. Les émissions radios sont pompées et diffusées sur des antennes.

Plus grave, certaines radios en ligne ou web radios se font l’écho des appels à la haine ou aux atteintes à la dignité humaine. Sur leurs antennes ou leurs réseaux sociaux.

Malheureusement pour le régulateur, l’espace est devenu trop vaste, les ressources humaines trop insuffisantes pour faire à fois du monitoring en FM et sur le Web.

La radio a encore de très beaux jours devant elle. Il faut en garder l’essence, l’ADN. Des programmes et des émissions de qualité avec pour seul carburant : l’information et la baseline : informer, éduquer, sensibiliser et… distraire. Tout ceci en veillant à rester dans l’ère du temps pour finalement s’adapter sans se transformer.

Israël Guébo

Expert Communication & Médias

Directeur Scientifique du Forum ivoirien du Digital.

@israelguebo