Accueil ACTUALITES Enquête exclusive : voici le quotidien des jeunes rabatteurs de Conakry (par Thierno Mouctar Bah)
Enquête exclusive : voici le quotidien des jeunes rabatteurs de Conakry (par Thierno Mouctar Bah)

Enquête exclusive : voici le quotidien des jeunes rabatteurs de Conakry (par Thierno Mouctar Bah)

0

Les rabatteurs sont de toutes les couleurs, de tous les âges. Ils ont connu la prison, mais ont aussi l’habitude de braver les difficultés. Visibles au niveau des grands carrefours et des ronds-points de Conakry, ces jeunes communément appelés: Coksseur gagnent leur vie en faisant le plein de passagers pour les chauffeurs en échange d’un billet de 500gnf. Mais au-delà des apparences, qui sont-ils réellement? Quelles sont leurs conditions sociales et économiques? Quels sont leurs espoirs et leurs ambitions? Ont-ils d’autres occupations ou métiers? Quels sont leurs vices et travers?

Les réponses à ces questions dans ce grand reportage de Ouldaddah.

Les Coqsseurs ont en effet un niveau de vie particulièrement bas. Les uns ont déserté le foyer familial pour cause de leurs caractères antisociaux, notamment le vol et la consommation des stupéfiants. Les autres sont le fruit de l’exode rural et n’ont aucune famille d’accueil dans la capitale. Leurs noms et prénoms ont perdu leur effet sous l’influence de noms empruntés ou parfois fabriqués de toutes pièces selon les humeurs et les acteurs. Leur principale occupation, du moins durant les heures de pointe de la journée, est de faire le plein de passagers pour les chauffeurs en échange d’un billet de 500 ou 1000gnf. Cette activité est un rituel pour les abatteurs. Ils jouent des mains et des pieds pour embarquer les passagers. Leur subsistance en dépend. A plusieurs occasions, ils aident à la régulation de la circulation quand les agents de la sécurité routière sont en sous-nombre ou quasi absents. Ce sont de véritables agneaux la journée et de redoutables loups la nuit.

Ils vivent tous au jour le jour, au sens strict du terme. Le nombre de repas par jour est fonction de leurs recettes de la journée (soit 40 000gnf, 4euro pour une journée sans répit). Ils dorment dans des marchés, sur des tables, des bancs et parfois, à même le sol sur des couvertures crasseuses. Ils sont généralement habillés en gangster. Leurs compagnon d’infortune est le tabac. Le prix négligemment faible de la cigarette (2 ou 3 à 500gnf) pourrait expliquer la consommation abusive du tabac par ces jeunes dont la moyenne frôle à peine la vingtaine d’âge. Les rabatteurs sont par ailleurs de fervents consommateurs d’alcool et du chanvre indien. Leurs espoirs reposent sur des jeux de pari et de hasard. Les billets de 500gnf picorés en longueur de journée sont déboursés dans l’alcool, la cigarette, la drogue, les jeux de hasard et dans d’autres loisirs futiles.

Ils passent le clair de leurs temps entre le ghetto, la rue et les bars. Ces lieux sont de véritables sanctuaires pour les abatteurs. Chacun de ces endroits recèle des anecdotes dignes des films du FESPACO: «nous étions au 2/3 de la nuit. Le bar était moitié vide. Quelques prostituées tenaient compagnie à des buveurs nocturnes réduits au silence par l’alcool et le sommeil. Les parieurs étaient assis sur un banc, en face des postes de pari made in China. J’étais arrêté juste derrière eux. Un grand homme assis sur une chaise jouait au gérant. Il me poussa soudainement et tira à deux doigts un billet de 10 000gnf de la poche d’un des parieurs. Peu après, le voleur s’en alla. Ce n’était pas le gérant ». Les rabatteurs sont particulièrement ingénieux quand il s’agit de dérober un bagage, de piquer un calepin ou un téléphone: Face à l’extrême précarité du quotidien et sous impulsion de l’alcool, du cannabis et du valium, la morale perd son sens. L’humanisme et l’altruisme cèdent à l’insolence et à l’égoïsme. La cruauté dépasse l’entendement humain.

En dépit de leur vulnérabilité, les abatteurs ne manquent pas d’hardiesse et d’ingéniosité. Ils constituent une force de travail non ou mal exploitée. Outre leurs caractères antisociaux, leurs dépendances aux stupéfiants pourraient expliquer leur marginalisation. Cependant, le travail des rabatteurs est loin d’être un métier. C’est une subsistance. Le quotidien des personnes qui le pratiquent en témoigne.

Thierno Mouctar Bah pour GS

Share Button
Guineesignal

LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *