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A leur arrivée en France, de nombreux jeunes Guinéens expliquent que l’une des causes de leur départ étaient les problèmes familiaux. C’est le cas de Mouminy, victime de discrimination au sein de sa propre famille. Aujourd’hui âgé de 22 ans, de retour au pays après avoir été expulsé par la France, il avait quitté la Guinée alors qu’il n’avait que 16 ans. InfoMigrants l’a rencontré à Conakry.

Mouminy vit entre deux mondes. Pour ses collègues de l’hôtel de Conakry où il travaille depuis quelques mois, ce jeune homme de 22 ans, après cinq ans passés en France est devenu « un blanc, un Français ». L’État français l’a expulsé en décembre 2018.

Chez les Peuls de Guinée, le prénom Mouminy est donné aux petits garçons qui n’ont pas connu leur père. C’est justement son cas. Il n’a que trois ans quand il est confié à un oncle, selon la tradition en Guinée. Sa mère n’a pas eu son mot à dire.

Mouminy s’est installé dans la maison cossue de cet oncle et de ses quatre femmes dans le quartier de Kissosso, à Conakry. La vie y est dure mais l’enfant n’a pas conscience de la situation. C’est en grandissant que Mouminy constate une différence de traitement entre lui et les autres enfants de la maison : « J’avais beaucoup de corvées à faire contrairement aux autres, je ne dormais pas dans la maison avec tout le monde mais dans une annexe et à chaque fois qu’il y avait un vol dans la maison, c’est moi que les femmes de mon oncle accusaient », confie-t-il à InfoMigrants.

« Certaines femmes de mon oncle pensaient que j’étais un sorcier »

Les choses s’enveniment quand Mouminy se révèle être un bon élève en classe. « Comme je réussissais mieux à l’école que leurs enfants, certaines des femmes de mon oncle pensaient que j’étais un sorcier ou quelque chose comme ça », explique le jeune homme.

Un marabout convainc l’oncle que Mouminy est à l’origine de tous ses malheurs. Le jeune homme craint de finir en prison aux prochains méfaits dont on l’accusera.

Sept ans après le décès de son père, la mère de Mouminy meurt à son tour. Sa perte finit de le convaincre que sa place est ailleurs. « A ce moment là, je me suis dit que plus rien ne me retenait en Guinée. J’ai toujours pensé à partir de la maison de mon oncle mais cela s’est concrétisé seulement quand je me suis senti assez fort pour faire face aux péripéties « , raconte-t-il.

Mouminy n’a que 16 ans quand il décide enfin de partir avec des amis vers l’Europe. D’abord opposé à son départ, l’oncle accepte finalement de lui remettre l’argent que la mère de Mouminy avait mis de côté pour lui.

Le groupe d’adolescents part de Conakry à bord d’un camion. « Aux barrages, on passait derrière pour que l’on ne nous voit pas », raconte-t-il. Mouminy et ses amis prennent la route du Maroc, via le Mali, le Niger et l’Algérie.

Après plusieurs mois au Maroc, il gagne l’Espagne puis la France. Pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), il est hébergé dans un foyer de Chalons-en-Champagne et reprend sa scolarité. Bac en poche, il s’apprête à poursuivre des études en Ressources humaines mais l’État français en décide autrement. Après avoir reçu trois obligations de quitter le territoire (OQTF), Mouminy, tout juste majeur, est expulsé en décembre 2018. « J’ai toujours pensé à revenir en Guinée mais pas comme ça. Quand j’aurais pu être utile aux autres », explique-t-il.

Jalousie entre co-épouses

Très courant en Guinée, le « confiage » des enfants à des oncles lors du décès de leurs parents pose parfois problème. Au sein des familles polygames , la jalousie s’installe vite lorsqu’un enfant semble avoir plus de succès que les autres.

Selon l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), parmi les mineurs non-accompagnés arrivés en France en 2018, les Guinéens étaient la nationalité la plus représentée. Beaucoup assurent à leur arrivée que ce sont des problèmes familiaux qui ont motivé leur départ.

Ester Botta Somparé, sociologue italo-guinéenne et professeur à l’université Kofi Annan de Conakry, explique aussi que la concurrence entre frères joue un rôle important dans le départs. La sociologue a recueilli de nombreux témoignages de jeunes mis sous pression parce qu’un autre enfant du même foyer (et d’une autre épouse) était parvenu à réussir à l’étranger.

« La famille peut être le moteur des départs, confirme Mohamed Dougouno, responsable de l’OIM dans la région de Mamou, ville dans le centre du pays considérée comme l’épicentre des départs. Certains enfants sont discriminés chez eux. »

Pour tenter d’enrayer ce phénomène, l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) et les autorités guinéennes tentent de sensibiliser de plus en plus les familles aux dangers de l’immigration irrégulière. A Mamou par exemple, les chefs de quartier et les imams ont été appelés à se joindre aux opérations de sensibilisation pour toucher directement les parents.

Pour Mouminy, qui tente aujourd’hui de se reconstruire une vie en Guinée alors qu’il n’y a plus de famille où il est le bienvenu, le principal problème est l’absence de structure de pris en charge des mineurs en danger. « En grandissant en Guinée, je n’ai jamais vu une institution qui s’occupe des enfants donc je ne voyais pas auprès de qui j’aurais pu évoquer mes problèmes ».

Avec infomigrants