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La Guinée est-elle en train de devenir le futur Burundi?

La Guinée est-elle en train de devenir le futur Burundi?

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Les récentes arrestations des artistes Eli Kamano et Takana Zion en Guinée rappellent la répression des manifestants burundais contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza en 2015. Éternel 3e mandat des présidents africains qui, du Burundi en Guinée, est source de graves crises politiques.

Le 25 avril 2015, le président Burundais Pierre Nkurunziza s’est fait instituer par son parti comme candidat au troisième mandat, contrairement à la constitution burundaise et à l’Accord d’Arusha qui stipulent qu’aucun président ne peut dépasser deux mandats. Le lendemain, la  civile et l’opposition ont lancé des manifestations contre ce coup de force. Les manifestants ont ensuite  été  réprimés dans le sang par le pouvoir, et les organisateurs des manifestations contraints à l’exil. Depuis, Nkurunziza a obtenu son mandat, beaucoup d’opposants ont fui le pays ou sont en prison , les médias et les associations proches de l’opposition ont été interdits et seuls les partisans du président Nkurunziza ont le droit d’organiser des manifestations. Aujourd’hui, on voit les prémices du même scénario en Guinée.

Les arrestations des artistes Eli Kamano et Takana Zion, le 17 et le 25 juillet respectivement, qui manifestaient contre un éventuel troisième mandat d’Alpha Condé  en 2020, rappellent les vagues d’arrestations de manifestants burundais en 2015.

C’est vrai que ces arrestations sont encore loin des 10 000 prisonniers politiques que rapportent les organisateurs des droits de l’homme au Burundi, mais cela ne signifie pas qu’elles ne devraient pas être prises au sérieux. Elles se passent 3 ans avant la fin du second mandat d’Alpha Condé et avant même que Condé ne déclare officiellement qu’il briguera un troisième mandat. Il y a lieu de penser que, plus on approchera 2020, plus des actions concrètes préparant le troisième mandat seront menées, comme l’amendement de la Constitution, provoquant plus de manifestations et plus d’arrestations et même des morts.

Mêmes causes, mêmes effets

Si Alpha Condé fonce et brigue ce troisième mandat, il risque de faire tomber la Guinée dans une crise similaire à celle dans laquelle Pierre Nkurunziza a fait plonger le Burundi.

Pour éviter que cela n’arrive, le président Condé doit déclarer solennellement qu’il ne briguera pas ce troisième mandat. Malheureusement, cela ne risque pas d’arriver, si on se fie à ce que Condé disait en mai 2016 dans une interview:  «Personne, je dis bien personne, ne me dira ce qu’il faut faire, excepté le peuple de Guinée. Je ne rentrerai pas dans ce débat de limitation des mandats. » C’est exactement ce que disait Pierre Nkurunziza en 2015 et c’est ce qu’il dit aujourd’hui pour briguer un quatrième mandat en 2020. L’un et l’autre veulent manipuler le peuple pour se maintenir au pouvoir, tout en affichant un mépris notoire pour les constitutions de leurs pays.

D’après un rapport récent de Fédération Internationale des droits de l’homme, la crise burundaise occasionnée par le troisième mandat de Pierre Nkurunziza a fait jusqu’à aujourd’hui plus de 1200 morts, 400 à 900 disparus, 10 000 prisonniers et plus de 400 000 réfugiés. Si la Guinée entame le même chemin que le Burundi, elle aura les mêmes résultats. A moins que les Guinéens prouvent qu’ils sont plus forts que les Burundais et parviennent à remettre à leur place les ambitions de leur président avant qu’il soit trop tard.

Par Jean-Marie Ntahimpera (thisisafrica)

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