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Migrants expulsés d’un squat à Dijon : un collectif porte plainte contre l’État

Migrants expulsés d’un squat à Dijon : un collectif porte plainte contre l’État

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À Dijon, en Bourgogne, une centaine de migrants fatigués de se faire expulser des squats qu’ils occupent ont porté plainte contre le procureur de la République et le préfet. Aidés par un collectif d’associations, ils demandent des solutions de logement pérennes.

Vendredi 5 octobre, un collectif de plusieurs associations d’aide aux migrants a porté plainte contre le procureur de la République et contre le préfet de Côte d’or pour « violation de domicile ». Cette action en justice fait suite à l’expulsion d’une vingtaine de migrants d’un squat à Dijon, cet été.

Depuis le mois de juillet, une centaine de migrants, majoritairement originaire de la Corne de l’Afrique, peine à trouver un toit à Dijon. D’abord expulsés au mois de juillet d’un hôtel qu’ils occupaient depuis deux ans, ils ont ensuite été évacués d’un immeuble, avenue Stalingrad, à Dijon, au mois d’août. Depuis quelques jours, ils occupent donc le bâtiment d’un ancien centre de sécurité sociale (CPAM) à Chenôve, en banlieue de Dijon.

Demain les associations et collectifs de soutien aux #migrants iront déposer plainte contre l’expulsion ilégale du squat de Stalingrad fin aout
🔴Ils appellent à un rassemblement à 14h devant le TGI de #Dijonpic.twitter.com/PHgVfw1gIq

— Dijon DéTeR (@DijonDTR) 4 octobre 2018

« On ne peut pas expulser sans procédure de justice »

Pour le collectif qui porte plainte, l’expulsion de ces migrants était illégale. « On ne peut pas expulser des gens d’un lieu occupé, qu’ils considèrent comme leur domicile, sans une procédure de justice », explique Anouk Coqblin, la présidente de l’association SOS Refoulement Dijon. En effet, « la procédure habituelle consiste à passer par un juge qui laisse […] la possibilité à des personnes qui occupent un logement de disposer pendant plusieurs mois de ce logement avant d’être à nouveau relogé », a précisé, de son côté, l’avocat du collectif, Jean-Baptiste Gavignet, à France Bleu.

Dans une lettre envoyée au procureur, le collectif se plaint également d’un « effet d’annonce » de l’État qui organise des expulsions sans proposer de solution de relogements. Selon Anouk Coqblin, de nombreux squatteurs sont ainsi laissés sur le bord de la route. « Il y a, parmi les occupants de Stalingrad et de Chenôve, beaucoup d’hommes seuls qui sont d’anciens dublinés aujourd’hui demandeurs d’asile en France : ils ne répondent pas aux critères d’éligibilité à un logement. Il y a ceux qui ne se sont pas rendus au ‘guichet relogement’ en temps et en heure. Il y a aussi de plus en plus de mineurs isolés dont la prise en charge tarde », ajoute-t-elle. « En attendant d’être reçus par le conseil départemental, ils dorment dehors ».

À Chenôve, dans les locaux de la CPAM actuellement occupés, se trouvent aussi des réfugiés statutaires « en attente d’un logement social », précise Anouk Coqblin. « Nous demandons un droit à l’hébergement pour tous. Nous demandons juste un peu d’humanité » ajoute-t-elle en précisant que le collectif « n’ouvre pas les squats », mais aide à leur aménagement.

« Aucun effort n’a été ménagé », se défend la préfecture

De son côté, l’État se défend. « Aucun effort n’a été ménagé pour proposer des solutions aux occupants qui se seront donné la peine de se présenter à la structure spécialement mise en place pour répondre à leurs besoins », peut-on lire dans leur communiqué.

Selon la préfecture, seules 32 personnes sur les 80 occupants du squat Stalingrad se sont présentées au « guichet relogement ». « […] Vingt-quatre se sont vu proposer des solutions de relogement dans des conditions dignes (15 en structures d’hébergement et 9 à l’hôtel). » Et les huit autres ? Trois demandeurs d’asile ont été renvoyés aux frais de l’État dans le département en charge de leur dossier, précise la préfecture de Côte d’Or, jointe par InfoMigrants. Et cinq personnes « enregistrées comme fraudeurs à l’identité » ont perdu « leurs droits » à un hébergement.

Les autres « qui ne se sont jamais présentés au guichet relogement n’ont pu voir leur situation examinée ni, a fortiori, se voir proposer de solution d’hébergement », peut-on encore lire dans le communiqué de la préfecture – qui précise que le département dispose de 1 300 places réservées aux demandeurs d’asile.

Dijon, ville transit sur la route migratoire

Depuis plusieurs années, de nombreux migrants transitent par Dijon. Une présence qui a attiré l’attention de la Police aux frontières (PAF) qui s’est installée dans la ville en janvier 2017. Une démarche étonnante pour une cité qui n’a pas de frontières… Qu’importe, expliquait aux médias le chef du nouveau service de la PAF l’hiver dernier : « La Bourgogne est un des passages de l’immigration clandestine. On œuvre par exemple à la gare de Dijon qui en plus est une gare internationale, aux péages des cinq autoroutes traversant le département, dans les bus européens Eurolines aussi qui arrivent d’Espagne, d’Italie. »

Des explications pertinentes, reconnaît Anouk Coqblin, Dijon est sur « l’axe Vintimille-Paris », ajoute-t-elle. Pour la militante, la ville jouit également d’une tradition d’accueil qui a fait sa réputation. « En 2011, à la chute du régime libyen, des personnes de la Corne de l’Afrique ont commencé à transiter par la ville. C’est à cette époque que nous avons créé un collectif d’une quarantaine d’associations pour leur venir en aide », se rappelle-t-elle. « Au fil des années, ce collectif s’est développé mêlant des ‘cathos de gauche’, des antifas… Nous avons aujourd’hui un solide réseau de solidarité. Sans doute, les migrants le savent-ils. Nous avons pas mal de visibilité ».

Toujours une centaine de personne qui occupe la Sécu. L’huissière est passée ce matin, et Coursin – le directeur de la société propriétaire – est passé pour péter un cable. Hésitez pas à passer pour rencontrer les gens ou apporter des trucs https://t.co/AYdRIJ82za

— Dijon DéTeR (@DijonDTR) 8 octobre 2018

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