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Après plusieurs tentatives pour rejoindre l’Europe, Modibo, un Malien de 60 ans, a créé une association « ASIC » à Kita, à l’ouest de Bamako. À travers elle, il tente de dissuader les jeunes Maliens à prendre la route de l’exil. Le fils ainé de Modibo est mort en 2015 en mer Méditerranée.

« Je m’appelle Modibo, je suis malien et j’ai 60 ans. Je suis un ancien migrant. Aujourd’hui je tente de sensibiliser les jeunes à ne pas prendre la route de l’exil.

Dans les années 80, j’ai tenté à trois reprises d’atteindre l’Europe, plus précisément la France.

La première fois, en 1981, je suis allé au Maroc, à Tanger. J’y suis resté trois mois mais je n’avais pas assez d’argent pour payer le passeur et je suis tombé gravement malade. J’ai donc préféré rentrer dans mon pays.

L’année suivante, une fois guéri, je suis allé en Libye via l’Algérie. J’ai passé trois ans à Tripoli où je travaillais dans le jardinage. J’ai vécu une véritable chasse à l’homme [anti-Noirs, ndlr] : les Libyens nous frappaient ou nous insultaient quand ils nous voyaient. Beaucoup sont racistes. De plus, j’avais trop peur de traverser la Méditerranée.

Face à cette situation, j’ai décidé de retourner au Mali.

Mais quelques années plus tard, en 1988, j’ai une nouvelle fois pris la route vers l’Europe. Cette fois-ci, je suis passé par l’Égypte, via l’Algérie et la Libye, puis j’ai débarqué à Tel-Aviv, en Israël. Depuis ce pays, je voulais continuer mon chemin mais les autorités m’ont renvoyé par avion à Bamako.

Depuis cet énième échec, je n’ai plus jamais essayé d’aller en Europe. Je suis parti travailler quelques années en Côte d’Ivoire.

À mon retour au Mali, dans ma région natale, Kita, j’ai fondé en 2010 l’association stop à l’immigration clandestine (ASIC). À travers cette association, je sensibilise les jeunes aux dangers de l’immigration clandestine : je leur montre des vidéos et des témoignages de traversées du désert ou de la Méditerranée. Certains ont changé d’avis quand ils ont réalisé que la route était dangereuse.

Afin de leur offrir des perspectives au Mali, on essaye de leur trouver du travail, dans les cultures de coton ou d’arachide et dans l’élevage.

Modibo permet à des jeunes de travailler notamment dans la culture du coton. Crédit : InfoMigrants

Je leur dis aussi que s’ils veulent aller en Europe, il faut le faire de manière légale avec des visas. Sinon, restez chez vous.

C’est devenu mon combat car je suis inquiet pour nos enfants. Selon un de nos rapports, en partenariat avec l’OIM [Organisation internationale des migrations, ndlr], en 2015 et 2016, 180 jeunes Maliens originaires de la région de Kita sont morts en mer Méditerranée.

En 2017, plus de 600 migrants refoulés d’Algérie était eux aussi originaires de Kita.

On doit proposer à ces jeunes des projets, afin qu’ils restent chez eux.

En 2015, j’ai moi-même été confronté aux drames de l’immigration clandestine. Mon fils aîné est mort en Méditerranée. Il avait 19 ans. J’ai appris son décès sur Facebook, je ne savais pas qu’il était parti vers l’Europe. Il n’avait rien dit.

Il connaissait pourtant mon combat mais il était déterminé. Face à tant de détermination, rien ne pourra malheureusement faire changer d’avis ceux qui rêvent d’Europe. Surtout si rien n’est proposé dans leur pays. »

Avec infomigrants