Accueil ACTUALITES Opinion: C’est un drame humain qui est en train de se dérouler, presque à huis clos, à Démoudoula. (Par Alimou Sow)
Opinion: C’est un drame humain qui est en train de se dérouler, presque à huis clos, à Démoudoula. (Par Alimou Sow)

Opinion: C’est un drame humain qui est en train de se dérouler, presque à huis clos, à Démoudoula. (Par Alimou Sow)

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Depuis quelques jours, dans ce quartier de la commune de Ratoma (Conakry), des bulldozers s’activent à démolir des maisons habitées, jetant dans la rue femmes et enfants ne sachant ni où aller, ni à quel saint se vouer. Des sinistrés de juillet, mois pendant lequel, à Conakry, le ciel est comme troué. Mais on s’en fout non ?

Ces maisons détruites par l’Etat sont autant de rêves brisés, autant de liens familiaux disjoints, autant de corps avilis, autant de cœurs meurtris. Chaque brique brisée représente des mois, voire des années de dur labeur. Toute une vie démolie sous le regard hagard des enfants et impuissant des parents. 😪

En Guinée, l’on vit pour deux choses : la famille et la maison. Chez nous, quand tu détruis la maison de quelqu’un tu auras détruit toute sa vie. Et aucun dédommagement n’est à la hauteur d’une telle tragédie.

Mais quel est le tort de ces sinistrés de juillet ? Occupation illégale du lit de la rivière « Démoudoula » (terre des chimpanzés en langue Poular), dit-on. Et quel est leur sort ? L’abandon dans la rue !

Est-ce que c’est pour protéger ces déguerpis d’une inondation éventuelle et pour préserver ainsi leurs vies et leurs biens ? Pas sûr, puisque comme dit le dicton « mieux vaut prévenir que guérir ». On aurait dû les empêcher de s’installer-là, dans le lit de la rivière. N’est-ce pas des commis de l’Etat vendus qui ont vendu les parcelles de terre à ces malheureux ?

D’ailleurs, en matière de risques à Conakry il y a bien pire ailleurs : la décharge de la Minière qui constitue à la fois une catastrophe humaine et écologique, le dépôt des hydrocarbures à Kaloum tout près de la centrale électrique de Tombo dont une explosion éventuelle pourrait ravager tout Kaloum (je touche du bois), les différentes garnisons installées au cœur de la capitale (on a encore en mémoire l’explosion meurtrière de la poudrière du camp Alpha Yaya au début des années 2000), etc.

Est-ce que c’est pour protéger l’environnement ? Peut-être. Mais Démoudoula est-il un cas isolé à Conakry ? Quid des forêts d’Enta, de Dabompa, de Démoudoula ? Quid de nombreux marigots ensevelis à Conakry ? Quid de l’occupation et de la destruction de notre littoral ?

Qu’en es-il des projets dévastateurs sur nos corniches que des activistes de la société civile dénoncent ? Notre Forêt guinéenne est-elle Forte dans un pays où la principale source d’énergie est tirée du charbon de bois ? Que fait-on pour promouvoir les énergies alternatives ? Combien coûte une bouteille de gaz en Guinée ?

Il y a longtemps qu’on a délogé, chassé et probablement mangé les chimpanzés de Démoudoula. Maintenant on y déloge des humains à coup de pelleteuses.

A supposer que c’était à la fois pour préserver l’environnement et pour protéger les riverains et leurs biens : ce n’est ni le moment, ni la manière. Cela devrait être fait à un moment approprié (pas en pleine saison des pluies), respecter un délai d’avertissement suffisant et un plan clair de relogement et de dédommagement.

Finalement, je pense que notre Etat est atteint de « démolitionite ». Sur les ruines de Kaporo-rails, la haine et la délinquance ont germé. On détruit des habitations pour construire la frustration, l’amertume et la haine.

Pour récolter quels fruits ?
Par Alimou Sow blogueur

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