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Un tribunal de Karachi doit examiner demain mercredi les accusations portées par le parquet du Pakistan contre un reporter qui aurait “manqué de respect” aux institutions. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une instruction fabriquée de toute pièce pour le faire taire et intimider la profession.

Il risque quatorze ans de prison pour des ”remarques diffamatoires contre les estimées institutions du Pakistan”… Le journaliste d’investigation Shahzeb Jillani, qui a notamment travaillé pour la BBC ou la Deutsche Welle, et collabore régulièrement à la chaîne en urdu Dunya News, fait l’objet de poursuites pour avoir prétendument violé quatre articles de la loi de prévention des crimes électroniques (Prevention of Eletronic Crime Act 2016, dite “loi PECA”) et deux dispositions du code pénal.

Les charges, dont l’une concernerait des activités de “cyberterrorisme”, sont liées à une plainte déposée le 6 avril par un individu se présentant comme un “citoyen loyal” – en réalité un avocat rattaché à la cour suprême, – lequel n’aurait pas toléré les “remarques audacieuses” proférées par le journalistes contre les forces de sécurité durant une émission diffusée le 8 décembre 2017 – soit il y a quasiment un an et demi. La prochaine audience est prévue demain, mercredi 17 avril, devant un tribunal de Karachi, dans le sud du pays.

“Nous appelons la cour à abandonner les charges qui pèsent contre Shahzeb Jillani et mettre un terme à cette affaire qui, d’un point de vue juridique, est absolument irrecevable, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Encore une fois, les autorités du Pakistan, par la voie de la toute puissante Agence fédérale d’investigation (FIA), instrumentalisent les lois pour faire taire un journaliste qui a osé franchir la ligne rouge en critiquant certaines institutions. Il est effrayant de voir comment, petit à petit, cas après cas, les services de sécurité pakistanais resserrent leur étau pour intimider l’ensemble de la profession et la pousser à l’autocensure.”

Pressions constantes

Placé en liberté conditionnelle sous caution, Shahzeb Jillani a confirmé auprès de RSF que les vraies raisons de ces poursuites sont à chercher ailleurs : ”Je pense que ces accusations sont plutôt liées à un récent tweet que j’ai publié.” Le 24 mars dernier, le journaliste s’interrogeait en effet sur le réseau social à propos de la remise d’une médaille gouvernementale à un officier des services secrets pakistanais lourdement soupçonné d’avoir contribué à manipuler les élections de juillet 2018.

En amont de ce scrutin, RSF avait largement documenté comment l’establishment militaire avait exercé des pressions constantes sur les directions des médias pour imposer son point de vue et faire taire les reporters. Shahzeb Jillani a lui-même partagé son dépit avec RSF concernant le manque de soutien de sa hiérarchie au sein de Dunya News : “La direction a été avertie des poursuites qui me visent, mais sa réaction est pour le moins frileuse”, déplore le journaliste.

Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans l’édition 2018 du Classement mondial de la liberté de la presse.