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Le combat contre le 3ème mandat enveloppé dans un projet de nouvelle constitution ne sera pas une sinécure. Lorsque, dans un « système », des cadres de l’État ont pris l’habitude de brasser des milliers et parfois des centaines de milliers de dollars ou d’euros, de collectionner des véhicules 4×4, de s’offrir des villas cossues ici et ailleurs; lorsque des personnes sorties de nulle part ont des intérêts dans toutes les grandes entreprises surtout minières ou sont adjudicataires de juteux marchés publics ; lorsque des hommes en uniforme sont parmi les plus riches du pays, il est difficile voire périlleux de s’attaquer à un tel  » système « . Mais faut-il pour autant baisser les bras? La réponse devrait être négative.

La Guinée appartient à tous les Guinéens. Il n’est donc pas acceptable qu’une minorité d’entre eux hypothèque l’avenir de plusieurs générations de Guinéens à son profit. Il est vrai que lorsqu’on a la haute main sur toutes les richesses d’un pays, on est souvent prêt à tout pour ne pas perdre ses avantages. Mais il y a un moment où la conscience patriotique ou tout au moins la prudence ou le bon sens devraient prendre le dessus. C’est au moment où l’on est au sommet qu’il faut commencer à craindre les conséquences d’une éventuelle chute. L’histoire est pleine d’enseignements dans ce sens. Des personnes qui croyaient que rien ne pouvait leur arriver tellement elles étaient puissantes se sont retrouvées du jour au lendemain au bas de l’échelle sociale.

Le soucis de certains aurait dû être aujourd’hui la  » préservation  » de ce qu’ils ont amassé indûment comme richesses au détriment des Guinéens et non une tentative arrogante de pérennisation de leur position. En effet, la situation changera d’une manière ou d’une autre. Mieux vaut dans ces conditions s’y préparer.

En tout cas, le combat pour un changement qualitatif en Guinée n’a jamais cessé et ne cessera jamais. On peut regretter qu’à chaque fois que les Guinéens croient avoir obtenu une victoire, les espoirs créés sont souvent et vite déçus. Mais le combat ne doit pas s’arrêter.. Et il faudra le mener inlassablement en dépit des risques que cela comporte quelquefois. Mener ce combat, ce n’est pas, comme on aime souvent à le dire ou à le penser , « être contre les intérêts » de ceux que l’on considère à tort comme les  » bénis » de la République .C’est plutôt une manière de contraindre les gouvernants à placer l’intérêt général au coeur de leur action et au centre de leurs préoccupations. Tel est en effet le devoir fondamental de tout gouvernant. S’il lui arrivait de l’oublier, des piqûres de rappel deviennent absolument nécessaires quelquefois. Et là c’est le devoir du citoyen. Fermer les yeux , croiser les bras, laisser faire serait une démission.

Par Me Mohamed Traore (ancien bâtonnier)