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À 17 ans, Virginie a quitté la maison de sa grand-mère, à Conakry, lui faisant croire qu’elle partait en vacances avec des amis. La jeune fille cherchait en réalité à se rendre en Europe. En traversant la Libye, elle a été réduite en esclave sexuelle. Rapatriée dans son pays par l’OIM en décembre 2018, elle cherche aujourd’hui à se reconstruire une vie en Guinée. InfoMigrants l’a rencontrée.

L’année scolaire 2016-2017 touchait à sa fin. Virginie, 17 ans à l’époque, venait de finir le lycée. Pour lui faire plaisir, sa grand-mère, qui l’élève depuis la mort de ses parents il y a douze ans, lui avait donné de l’argent pour qu’elle passe des vacances à l’étranger avec des amis. Les adolescents avaient prévu d’aller au Sénégal. Depuis la capitale guinéenne, la route n’est pas trop longue et le pays n’est pas considéré comme dangereux.

Mais le jour du départ, le 5 juin 2017, Virginie et ses amis montent dans un taxi direction Bamako, au Mali. Leur objectif n’est pas les plages sénégalaises mais l’Europe. Depuis Conakry, le continent leur semble être l’eldorado où chacun peut réaliser ses rêves.

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Virginie, elle, a l’ambition de devenir médecin ou infirmière. Or, elle sait que sa grand-mère n’a pas les moyens de lui payer des études en Guinée. Elle en est sûre : elle pourra étudier facilement en France. Sinon, se dit-elle, elle travaillera pour financer ses études.

La jeune fille avait anticipé qu’elle pourrait être victime d’agressions. « Je me suis dit que j’allais voyager avec des hommes, que je les côtoierai en permanence, j’avais décidé de me poser un implant contraceptif », explique-t-elle avec sang-froid devant la maison de sa grand-mère.

Un groupe d’enfants vient s’installer autour d’elles. Virginie poursuit son récit sans se soucier de leur présence. Vêtue d’un haut très décolleté en dentelles noir, elle raconte : « J’ai un oncle qui est médecin. Et je me suis toujours intéressée à la médecine. Je lui avais posé beaucoup de questions sur les implants contraceptifs et je l’avais vu en mettre sur des femmes devant moi ».

Avant son départ, la jeune fille profite alors d’un passage dans la clinique pour voler le matériel nécessaire à la pose d’un implant dans le bras. Elle pratique l’intervention, seule, chez elle, avec tous les risques d’infections que cela présente.

« À chaque étape, on te vend »

Sur la route, Virginie est la seule jeune fille du groupe. Au Mali, un chauffeur lui conseille de rentrer en Guinée, laissant entendre que la route serait de plus en plus dangereuse. « Il m’a proposé de rester chez lui et de me trouver une voiture le lendemain mais je n’ai pas eu confiance, je suis partie avec les autres », se souvient-elle.

Les ennuis commencent en Algérie. À Tamanrasset, dans le sud, des passeurs menacent de la garder en détention si la jeune fille ne leur donne pas les 13 millions de francs guinéens (environ 1 200 euros) qu’ils réclament pour la faire poursuivre son périple. Au pied du mur, elle appelle sa grand-mère.

Assise à ses côtés lorsque Virginie raconte cette épreuve, la grand-mère semble absente. Comme résignée face aux malheurs qui se sont abattus sur elle et sa petite fille, elle explique que le coup de téléphone de Virginie l’a dévastée. « Si je ne payais pas, Virginie aurait été retenue prisonnière », raconte-t-elle, assise sur une chaise en plastique à l’ombre de sa maison. « J’ai dû m’endetter auprès de ses voisins pour rassembler la somme ».

Une fois la rançon payée, Virginie est emmenée à Deb Deb, à la frontière libyenne. Elle comprend qu’elle est réduite à une simple marchandise. « À chaque étape on te vend », affirme-t-elle.

À Tripoli, Virginie est achetée par un homme. L’adolescente est retenue dans une maison avec d’autres jeunes filles qui sont, comme elles, agressées sexuellement tous les jours. « Nous étions huit filles dans la maison. Avec moi, il y avait des Nigérianes, des Libériennes, des Ivoiriennes. Ils étaient cinq hommes à nous utiliser », décrit-elle.

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Pour décrire les traitements qu’elle a endurés, Virginie se contente de dire qu’elle a « tout subi ». La jeune fille a été tellement violentée qu’elle ressent encore aujourd’hui régulièrement de fortes douleurs au bas ventre. « Quand je suis rentrée, je ne pouvais pas uriner seule, ma grand-mère devait m’aider en appuyant sur mon ventre », explique Virginie.

« Certaines personnes pensaient que j’étais morte »

L’adolescente a été rapatriée de Libye par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) en décembre 2018. Elle avait profité de l’absence de son tortionnaire pour récupérer une clé qu’elle avait repérée plus tôt et s’échapper de la maison. Par chance, la jeune fille trouve sur son chemin un Libyen qui accepte de l’emmener à l’ambassade de Guinée en Libye. Elle peut y être identifiée et inscrite dans le processus de retour volontaire de l’OIM vers les pays d’origines des migrants retenus en Libye.

Virginie a abandonné son rêve d’Europe. Quelques semaines plus tôt, elle s’était pourtant retrouvée toute proche d’embarquer dans un canot bondé, censé permettre à ses occupants de rejoindre l’Italie. « Une fois sur la plage, j’ai été terrifiée et je n’ai finalement pas voulu monter dans le bateau. Une autre dame qui était avec ses enfants a, elle aussi, refusé de monter. Je savais que j’allais devoir retourner chez l’homme qui m’avait achetée mais, de toute façon, j’avais déjà tout subi, je n’avais plus peur », raconte la jeune fille.

Le retour à Conakry dans la maison de sa grand-mère n’a pas été facile. Virginie n’ose pas sortir. Étant la seule jeune fille du quartier à avoir tenté « l’aventure », elle est devenue un sujet de commérage. « Certaines personnes pensaient que j’étais morte, d’autres étaient persuadées que j’étais enceinte », se souvient-elle.

C’est sa grand-mère qui l’aide à reprendre confiance en elle. « Tu es une enfant, lui rappelle-t-elle. Tu n’as rien fait de mal, tu n’as pas volé. »

« Je ne compte plus repartir », affirme-t-elle aujourd’hui, cherchant plutôt à reprendre ses études et à concrétiser son rêve : devenir médecin ou infirmière en Guinée.

Avec infomigrants